L'entraînement et la relation
Une variante subtile dans notre approche de l'entraînement du cheval pourrait faire, en bout de ligne, une bien grosse différence. Si on pense à amener le cheval à faire ce qu'on veut, on peut considérer ça comme de l'entraînement. Si le cheval perçoit qu'on veut lui montrer ce qu'on veut, on peut alors appeler ça de l'éducation.
Est-ce la même chose? Dans chaque cas, on arrive au résultat désiré: le cheval fait ce qu'on veut.
On donne diverses appelations à différentes méthodes qui ont une philosophie semblable: méthode naturelle, douce, éthologique. Ces méthodes nous attirent car elles encouragent une relation d'amitié, de respect et d'harmonie avec nos partenaires équins. Cette idée plait à plusieurs, mais peu ont le temps, la patience ou la connaissance pour y arriver.
La méthode traditionnelle est fondée principalement sur le conditionnement. C'est surtout la répétition et, trop souvent, un message à peine voilé de "fais-le, sinon..." Même si la violence physique n'est pas apparente, on utilise des contentions, et le cheval est contrôlé par la force, la douleur et la peur. Comment peut-on nier l'usage de violence quand le cheval, au fait, n'a que le choix d'obéir sinon il subit l'inconfort et la douleur par divers types de restrictions.
Bien des gens trouveront ces idées ridicules; "on a toujours procédé ainsi et il faut bien que le cheval apprenne" diront-ils... De plus, ils aiment leurs chevaux. Je me demande bien qui voudrait être ainsi "aimé". On est vite sur la défensive et pourtant, peu de gens savent seulement ce qu'ils infligent aux chevaux. Et il s'agit de personnes qui sont au contact quotidiennement avec leur animal. Chaque fois que vous êtes avec un cheval, vous êtes soit leur entraineur... soit leur professeur. (entraîner vs éduquer)
C'est là que survient le problème. On a le rêve d'avoir un cheval et tout devrait se passer comme dans les contes. Le cheval devrait nous comprendre, nous aimer, et faire tout ce qu'on veut sans hésitation. On souhaite que le cheval connaisse déjà tout. Mais sommes-nous prêts à apprendre et à voir du point de vue du cheval? S'arrête-ton à remarquer l'expression du cheval alors qu'on le chasse avec la cravache, qu'on lui passe une chaîne sur le chanfrein ou qu'on le confie entre les mains sévères d'un autre? Il s'agit de dominance par la souffrance. Le respect est absent: est-ce une bonne relation?
À l'autre extrémité du spectre, il y a les méthodes dites "naturelles". Peu importe le terme employé, l'enseignement se fait sans usage de force, de douleur ou de peur... vrai ou faux? Souvent, c'est faux.
Les démonstrations de chevaux qui performent en liberté nous éblouissent. Le mouvement des chevaux est contrôlé sans contrainte physique, ils participent de leur propre gré. On voudrait tant faire de même avec notre propre cheval, en arriver à une complicité aussi belle.
Alors, on se lance tête première dans cette nouvelle voie, mais avec la même mentalité qu'avant sur l'entraînement du cheval. Dès que le propriétaire pense voir un succès, réel ou imaginé, il pense avec enthousiasme que le cheval a enfin compris. De plus, le propriétaire veut des résultats instantanés. De ces conditions, rien de bon ne peut en résulter.
Dans l'éducation du cheval, on doit mettre de côté nos propres désirs. L'aspect fondamental à travailler d'abord est la confiance. Le cheval doit se rendre compte que vous ne lui dictez pas ce qu'il doit faire, mais bien que vous tentez de le lui montrer. C'est peut-être le même résultat pour nous, mais la différence pour le cheval est énorme. Une différence que vous pourrez lire dans ses yeux, son expression. Une différence que vous sentirez dans son esprit, sa volonté.
Est-ce que tout ça prend de la patience? Non, ça prend surtout la compréhension du cheval. Si vous le comprenez, alors le temps d'établir une belle relation est sans importance. Quand la communication est ainsi ouverte, les nouvelles notions à montrer au cheval sont vite intégrées et les progrès sont rapides.
Les chevaux font déjà naturellement ce que nous voulons leur demander d'accomplir. La clé est de trouver comment le leur demander. Il nous appartient de nous adapter à la nature douce du cheval et non d'obliger le cheval à se soumettre à notre nature agressive et égoïste. En transformant notre état d'esprit et en libérant le cheval, il nous reviendra de son plein gré.
De ce cheminement, paradoxalement, nous pourrions en apprendre plus du cheval que nous ne pourrions lui en montrer...